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Comment la Smarthome deviendra l'enjeu principal du monde de demain?

Energie, sécurité, technologies et perspectives de la maison connectée
02 Juillet 2018

L'EBG organisait le mois dernier une matinée de conférence dédiée à la Smarthome et à ses nombreux défis

A l’heure où l’Iot dévore toujours plus de parts de marchés et où la question énergétique devient centrale dans la gestion de l’urbanisme, repenser nos lieux de vie globalement et transversalement devient une injonction primordiale.

Comment repenser la maison alors que celle-ci est une construction mentale et culturelle qui s’est savamment élaborée tout au long de l’histoire des hommes ? Aujourd’hui il faudrait presque saper les fondements de notre conception traditionnelle de l’habitation pour tenter de reconstruire l’habitat comme une valeur transitoire et non plus forcément pérenne. L’EBG interrogeait le mois dernier les enjeux de la Smarthome en invitant industriels, start up et ingénieurs à discuter autour de ces principaux sujets : énergie, sécurité, gestion des informations.

C’est Christophe Bourgueil, directeur commercial et spécialiste de l’innovation chez Eaton, qui ouvre le bal avec un focus sur les perspectives énergétiques que permettent la maison connectée. Eaton est le quatrième fabriquant mondial de systèmes électriques et hydrauliques, à ce titre la société est aux premières loges en ce qui concerne la gouvernance de solutions énergétiques durables pour le logement.  La solution X Storage développée par le groupe, fruit d’une collaboration avec Nissan,  est née de l’idée de stocker de l’énergie chez soi pour ensuite la consommer librement ou de la revendre. Il s’agit d’une batterie au lithium connectée à la fois aux panneaux photovoltaïques, au tableau électrique et à l’ensemble du réseau. En emmagasinant le surplus, le device devient un vrai redistributeur d’énergie qui permet de penser l’ensemble de la maison comme une véritable pile dispensatrice d’énergie ou de revenus (en cas de rachat par le distributeur).

Parmi les autres innovations présentées, il faut citer la société Luko, qui travaille principalement sur la protection du foyer : dégats des eaux, incendies, intrusions… Le device développé par Luko emploie notamment le machine learning pour déterminer l’empreinte énergétique de chaque appareil : ainsi le particulier va être alerté en cas de surconsommation, ou de consommation non usuelle de tel appareil connecté. En parallèle, Luko travaille avec les assurances habitation afin de concevoir une solution de protection accessible, en mettant leur savoir-faire en matière d’IA au service de la maison.

« Aujourd’hui, rappelle , Raphaël Vullierme, CEO de Luko, « le taux de pénétration en Europe de la Smarthome est encore extrêmement faible, on l’estime à moins de 5%. Tout reste donc à faire et à inventer. Avec une éducation du marché en forte progression et des frontières entre assurances et télécommunications de plus en plus floues, il faut saisir l’opportunité qui se présente d’absorber ces enjeux transverses pour en tirer une offre globale et panoptique. »

Apprivoiser les utilisateurs

Un des principaux défis de la Smarthome, c’est aussi de faire accepter au particulier une intrusion de l’intelligence domotique dans sa vie quotidienne. C’est sans doute relativement simple dans des cultures qui sont à même de l’accepter naturellement, comme la culture asiatique ou protestante, intrinsèquement plus aptes à faire confiance aux "esprits dans la machine",  mais dans une Europe « latine » c’est davantage une gageure : l’utilisateur ne voit pas forcément d’un bon œil ce qu’il considère encore comme une menace à sa vie privée, et dans un second temps, s’il l’accepte, il n’est pas éduqué aux bonnes pratiques qui consisteraient, par exemple, à consulter régulièrement ses devices afin de les calibrer pour une consommation optimisée. Souvent les enjeux environnementaux sont ainsi dépendants de véritables problèmes comportementaux, qu’il s’agit d’anticiper et d’accompagner de la manière la plus « invisible » possible. Pour Ween, qui développe des thermostats connectés, c’est l’enjeu principal : «Nous devons considérer le fait que 70% des thermostats connectés ne sont en réalités jamais utilisés, aujourd’hui c’est seulement l’affaire de quelques green gourous qui se penchent dessus pour des questions d’éthique» estime Jean-Laurent Schaub, co-fondateur de la société. C’est pourquoi Ween a développé une solution capable de prédire efficacement les habitudes des utilisateurs, en se passant de leur intervention : machine learning et temps réel sont croisés pour comprendre les usages et les comportements, ce qui permet d’adresser des calendrier hebdomadaires où la température du logement sera parfaitement calibrée. «Une lieu de vie suit en effet une logique imuable, un comportement empirique que nos algorithme sont chargés de décrypter afin de mettre en œuvre un paramétrage ad hoc.» explique Jean-Laurent Schaub.  Ween.ai est donc un système prédictif qui est applicable dans de nombreux domaines, aujourd’hui déjà licencié en marque blanche à de nombreux constructeurs et grandes marques d’électro-ménager comme LG ou Samsung.

Des modèles économiques encore à définir

Comme le rappelle Matthieu Galissot, chercheur chez IRT Nanoelec, institut de recherche basé à Grenoble, si de nombreux verrous technologiques sont en train de se lever, le défi réside à la fois dans l’acceptance du particulier, mais aussi et surtout dans la mise en place de nouveaux modèle économiques capables d’aborder les mutations rapides de ce marché disruptif. "On va voir arriver de nouveaux métiers pour la mise en place de ces systèmes, et c’est tout un panel de secteurs qui vont devoir réfléchir à la meilleur manière de s’y insérer : bailleurs sociaux, privés, collectivités territoriales, constructeurs, etc…" rappelle t-il.

La Smarthome est un défi global qui se pense aussi dans la localité, sur un terrain donnée, à la fois entre le particulier et le groupe. Toutes les applis et les expériences clients inhérentes à une domotique généralisée sont également à construire et à penser, tout en rassurant les gens sur un possible effet Big Brother. Ainsi les assistants vocaux des GAFA ont une énorme opportunité pour la Smarthome, mais ils ont besoin de start up pour faire évoluer leur offre et la rendre plus humaine : il faut créer de la confiance pour créer des opportunités, et passer de la big data à la smart data : une utilisation raisonnée et évolutive des données individuelles pour une redistribution saine des usages et des apports énergétiques de chaque foyer.